Un an avant Rahir, Auguste Blaizot âgé tout juste de quinze ans, il était né en 1874 à Blainville sur Mer (Manche) fait ses armes chez son oncle Emile Lecampion, libraire passage du Saumon, depuis 1840.
A la mort de ce dernier, en 1902, il lui succéda dans la librairie transférée au 22 de la rue Le Peletier. On y trouvait à côté des ‘nouveautés’ et de quelques ouvrages modernes et romantiques, les livres d’étrennes et ... les journaux du matin ( !). Ses installations successives au 26 rue Le Peletier, au 21 boulevard Haussmann et enfin en 1928, à l'adresse actuelle: 164 faubourg Saint-Honoré, marquèrent son ascension rapide.
A une époque, où les grands libraires et les grands amateurs ne s’intéressaient qu'aux livres parus avant 1800 et où la constitution de bibliothèques de Livres Modernes n'était pas considérée avec sérieux, Auguste Blaizot sut malgré tout attirer l'attention sur les beaux livres illustrés modernes. Il fut un des premiers à déceler l'incomparable originalité d'ouvrages tels que l'A REBOURS de Lepère ou le DAPHNIS ET CHLOE de Bonnard qui atteignent aujourd'hui des prix considérables. Grâce au discernement sans faille de l'authentique beau Livre conçu en dehors de la mode, il apparut très vite comme le spécialiste le plus écouté des amateurs de livres illustrés modernes de qualité. En ayant défendu avec ténacité et lucidité au début de ce siècle les livres illustrés par Lepère, Bonnard, Toulouse-Lautrec. Maurice Denis, Dufy ... il est à l'origine du rayonnement que connaissent aujourd’hui l’édition d'art et la Librairie moderne. Il a donc su créer un public de bibliophiles nouveaux en participant à la formation de bibliothèques prestigieuses: Descamps-Scrive ; Paul Voûte ; Barthou ; Beraldi ; Bordes ; Villeboeuf ; Latécoère... Ses qualités d'amateur éclairé (au sens fort) l'ont poussé aussi à éditer des ouvrages illustrés par P.Vidal (Les Aventures du Roi Pausole): par Kupka (Lysistrate et Prometheus): par Jouas (La Cathédrale et la Cite des Eaux) par Degas (La Famille Cardinal); par Maurice Denis (L'Annonce faite à Marie) par Barbier (Le Centaure et la Bacchante).
Il a été pour le livre moderne ce qu'Edouard Rahir fut à la même époque, pour le livre ancien: un animateur et un guide. C'est, d'ailleurs tout naturellement qu'il en vient à lui succéder à la présidence du SLAM en 1922, où Il est élu avec à ses côtés L. Gougy (vice-président). Georges Chrétien (Secrétaire), René Colas (trésorier) et Jorel, Lardanchet, Nourry. H. Picard, Rapilly comme conseillers (leur nombre venant de passer de 2 à 5). A l'occasion de l'Assemblée générale du 20 juin 1922, une fois élu président, Auguste Blaizot constate que le Syndicat compte alors 94 membres et demande à ce que chacun se lance dans une propagande plus active en distribuant autour d'eux la liste des membres. Il charge une commission du soin d’aplanir les différends éventuels qui ne pourraient manquer de surgir entre certains membres du Syndicat. Il s'en prend aux ‘lenteurs’ des administrations des Douanes et des Postes en exigeant que l'on intervienne rapidement auprès d'elles. Dès l'année suivante, il interviendra lui-même en se rendant à la Direction de l'enregistrement pour obtenir les méthodes à suivre et l'application des taxes et droits d'exportation et d'importation, dans le but de publier en Janvier 1924 et de diffuser auprès de nos adhérents une brochure claire et complète sur ce sujet.
Pour renforcer les liens qui unissent entre eux les libraires affiliés au Syndicat, il propose de n'accorder la remise confraternelle qu'aux seuls membres du SLAM. Dans le même esprit, il instituera un dîner syndical. Le 26 juin 1923 se tient aux ‘Sociétés Savantes le premier dîner annuel qui deviendra par la suite une tradition maintenue jusqu'à nos jours. 54 Libraires étaient présents à ce premier banquet (B.F. du 7 juillet 1923). Deux mois avant, le 14 avril 1923, avait déjà eu lieu un déjeuner dans les Salons du restaurant Lapérouse pour la promotion d'A. Blaizot au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur. Cette réunion avait été présidée par Louis Barthou.
Il fut un des premiers à oser proposer à ses confrères un projet de statut d'expert auprès des officiers ministériels chargés des ventes publiques. Il s'agissait de garantir les ouvrages passant en vente en signalant toujours leurs éventuels défauts.Dans une réunion du bureau du 27 juin 1923, il annonce même la nomination officielle d'experts en douane: Gougy, Emile Paul, Rapilly et Blaizot.
Les nouveaux statuts, ayant été élaborés et imprimés avec soin, ont été déposés à la Préfecture de Police. A. Blaizot y voit un des meilleurs arguments publicitaires auprès des nouveaux libraires pour imposer la nécessité du Syndicat. C'est encore, dit-il, l'arme la plus efficace que nous avions pour taire triompher nos revendications. Outre les problèmes douaniers et postaux, les revendications syndicales de l'époque portaient surtout sur la suppression de la taxe de luxe qui frappait tous les livres anciens et qui tracassera jusqu'à la seconde guerre, tous les présidents du SLAM.
A l'Assemblée générale du 6 mai 1924, on dénombre 231 membres, et A. Blaizot déclare: 'nous désirons que TOUS les Libraires soient des nôtres...'. Toujours dans le sens de la propagande, on décide de la publication d’une brochure sur les lois, décrets et règlements administratifs de toutes taxes, et on aborde une nouvelle fois le problème de la suppression de la taxe de luxe.
Le Bouquiniste Français. organe du SLAM, appartenant toujours à quelques uns des libraires fondateurs, MM Puzin et Quereuil proposent déjà un projet de rachat qui ne se réalisera pourtant que 20 ans plus tard.
C'est l'année où meurt Anatole France, le SLAM a envoyé une gerbe aux obsèques de celui dont le père était libraire et qui a toujours montré une véritable affection pour notre métier et ceux qui l'exerçaient.
Une anecdote pour finir: L'édition originale des Fleurs du Mal a été retirée d'une vente publique, frappée d'interdiction par le Tribunal le 16 décembre 1924 ( !). Le bureau s'est violemment élevé contre cette décision cocasse, 67 ans après le retentissant procès dont fut victime Baudelaire. Il en a aussitôt profité pour mettre en garde ses adhérents contre la vente et l'annonce de ‘Livres Spéciaux’ dans leurs catalogues.
Autant de conseils, de suggestions qui montrent à quel point A. Blaizot sut remplir son mandat avec une efficace autorité. En ces années de dangereuses facilités. il sût dénoncer avec courage d'inadmissibles et redoutables abus. A l'expiration de son mandat, il fut nommé Président d'Honneur et après 53 ans de carrière, force est de reconnaître que toute sa vie fut consacrée et dévouée au Livre.