Nous vous présentons la Librairie Trois Plumes, spécialisée depuis 2011 dans l’achat et la vente de livres et d’autographes uniquement par correspondance. Elle propose une sélection d’ouvrages hétéroclites, allant des écrits jansénistes aux lettres de compositeurs. Dans cet entretien, Benoît Galland évoque son parcours dans le métier.
DE COLLECTIONNEUR A LIBRAIRE
Ayant été un grand lecteur puis un collectionneur, l’idée de devenir libraire m’est venu pendant que je faisais mes études de maths appliquées et de commerce. J’ai pris la décision de le devenir une fois celles-ci terminées. En juin 2011, je me suis lancé à mon compte en revendant une partie de ma collection, ce qui sortait de mes domaines de prédilection que sont les Mille et Une Nuits ou l’œuvre de l’écrivain Léon Bloy, que je collectionne toujours.
J’ai appris les ficèles du métier en autodidacte, profitant des conseils de confrères et de leurs catalogues. J’ai commencé à acheter des ouvrages en salle de ventes, à d’autres libraires et chez des collectionneurs, privilégiant toujours les ouvrages qui me plaisent. J’ai fait rapidement mon premier catalogue, dès juin 2011, et en ai déjà publié une cinquantaine. Je travaille principalement par correspondance, ne faisant que de rares salons et cette année, je souhaite faire un vrai site marchand. À moyen terme, je m’installerai certainement dans une boutique.
DE LA CURIOSITE
Quand on me demande quelle est ma spécialité, j’ai toujours tendance à répondre : « Ce que j’aime ». Je m’intéresse à des domaines très différents et très larges, même si la littérature et l’histoire ont une large place, ou bien encore la musique (pour les autographes), les curiosités en tout genre, les belles reliures anciennes et modernes. J’affectionne aussi les ouvrages de la période, intellectuellement très riche, des grandes disputes entre jansénistes et gallicans.
Je n’ai donc pas réellement de spécialité et ma curiosité m’amène à ne pas me limiter dans mes choix. L’important est que l’ouvrage que je vends me plaise. C’est cette curiosité qui me fait tomber sur des ouvrages anecdotiques et sympathiques. Il m’est par exemple arrivé d’acheter un livre aux enchères pour finalement me rendre compte qu’il contenait les premiers écrits publiés de Fontenelle, à l’âge de 13 ans et cet ouvrage a rejoint une collection publique. J’ai aussi fait des catalogues présentant des photographies de la Croisière Noire ou des gravures sur peau de vélin et parchemin. Ce sont toutes ces petites choses qui font la richesse de notre métier.
ENTRE LIVRES ET AUTOGRAPHES
Il assez rare de trouver des libraires qui travaillent autant le livre que l’autographe. Généralement, ils se spécialisent dans l’un ou l’autre. Je publie régulièrement des catalogues, alternant généralement livres et autographes, certains étant thématiques.
Concernant les autographes, j’ai par exemple commis des catalogues rassemblant plus de mille lettres adressées à Aurélien Scholl ou trois cents à Arthur Mangin. Quant aux livres, j’ai pu disperser un ensemble d’ouvrages provenant de la bibliothèque d’Antoine Rochebilière ou encore un fonds provenant d’Adolphe Paupe, ce fou de Stendhal dont l’ex-libris était « Stendhal for ever ». Pour l’instant, mes catalogues ne sortent qu’en version numérique. Je les envoie à mes clients et me sers de mon site actuel comme support contenant plus de photos, avant de les diffuser plus largement sur les différents sites marchands.
DE RECENTES ACQUISITIONS
J’ai récemment acheté une belle édition de La Morte Amoureuse de Théophile Gautier, publiée chez Romagnol en 1904 avec des illustrations de A.P. Laurens, gravées en taille-douce par Eugène Decisy. Un bel exemplaire sur Japon en maroquin doublé de David. C’est le troisième exemplaire que j’achète et peut-être partira-t-il à l’étranger comme les précédents. Cette histoire fantastique avec une vampire a toujours un certain succès.
J’ai aussi acquis une rare édition du Jeu de l’Amour et du Hasard de Marivaux, tirée à seulement dix exemplaires par Conquet qui les a offerts, tous illustrés de seize aquarelles originales, d’un artiste différent pour chaque exemplaire. Le mien, ayant appartenu à Gustave Larroumet qui avait justement écrit un livre sur Marivaux en 1894, est illustré par Oreste Cortazzo, un artiste d’origine italienne et est relié en plein maroquin, étonnamment non signé. Il a tout de suite trouvé sa place. C’est un véritable plaisir lorsqu’on parvient à mettre la main sur une si précieuse édition et que l’on sait qu’elle rejoint rapidement une belle bibliothèque.
EN LIEN AVEC L’EXPERTISE
Je suis également expert dans une salle de ventes à Tours et suis en train de passer les examens pour entrer à la CNES. Je vois cela comme un prolongement du métier de libraire, non nécessaire, certes, mais être expert m’oblige à sortir de mes domaines de prédilection : il faut travailler sur tous les ouvrages à présenter aux enchères, quelques soient les sujets et les périodes, qu’on les apprécie ou non. Cet exercice me permet ainsi d’enrichir mes connaissances et modifie mon approche de la librairie.


Entretien mené par Romane Fraysse
Photographies de Camille Pradel de Lamaze

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